• Tom

Teddy PENDERGRASS - Prince au destin brisé


Close the Door, Turn off the lights , All I Need is you , ces quelques titres tirés au hasard de la discographie de Teddy Pendergrass annoncent un artiste qui chante l’amour, un amour charnel et passionnel. Si l’on ajoute à cela une voix puissante et un sex-appeal ravageur, nous avons un crooner, voilà ce qu’était Teddy Pendergrass : un Rythm & Blues Crooner.

À ce titre, son surnom d’Elvis Noir, donné par ses fans, n’est pas galvaudé.



N’est-ce toutefois pas osé de comparer ce gamin des quartiers pauvres de Philadelphie au King alors que la trace laissée par Teddy Pendergrass dans l’histoire de la musique paraît si mince par rapport à l’immense aura dont jouit Elvis Presley aujourd’hui encore ?

Si le destin n’avait pas frappé à la porte de Teddy Bear, son autre surnom, référence à sa carrure imposante et sa voix grave, en cette nuit de 1982 à Philadelphie, et envoyé sa voiture contre un arbre, nous n’aurions peut-être pas à nous poser la question…


C’est dans cette même ville de Philadelphie que Teddy Pendergrass connut ses premiers succès au sein d’Harold Melvin & The Blues Notes. D’abord batteur lorsqu'il intègre le groupe en 1970, il devient chanteur au moment du départ d’un des leaders vocaux.

Sa voix immédiatement reconnaissable fait entrer la formation dans une nouvelle dimension et leur permet de signer alors chez Philadelphia International Records.


Désormais associés à Kenny Gamble et Leon Huff, fondateur du label et producteurs talentueux, Harold Melvin & The Blues Notes vont enchainer les succès durant 4 albums. Voguant entre Rythm & Blues et Disco, le groupe signe des succès maintes et maintes fois repris depuis tels que Wake Up Everybody en 1975 et Don’t Leave my this Way, un classique des dancefloors disco.

Toutefois, le groupe souffre du leadership exsangue d’Harold Melvin. Ce dernier se montre particulièrement peu loquace avec les autres membres sur les différents contrats et s’octroie des rémunérations bien supérieures à ses collègues sans justification apparente.

Aussi, davantage par orgueil, il refuse de faire évoluer le nom du groupe alors que Teddy Pendergrass s’affirme indiscutablement comme le leader artistique du groupe.

Il n’est pas rare alors que les fans fassent la confusion entre Harold Melvin et Teddy Pendergrass, le nom du groupe indiquant généralement l’identité du lead singer.

Sous la pression de ce dernier, le nom du groupe évolue et devient Harold Melvin & The Blue Notes featuring Theodore Pendergrass.




Las des turpitudes d’Harold Melvin, il finit par quitter le groupe en 1976 pour se lancer en solo.


Entretenant d’excellentes relations, autant artistiques que personnelles, avec Gamble & Huff, Teddy Pendergrass reste fidèle à Philadelphia International Records. C’est donc sous les couleurs du label que sort son premier album éponyme en 1977.

Dès le premier single, I Don’t Love you Anymore , le changement est notable.

Fini les costumes trois-pièces et bienvenues aux tenues près du corps laissant apparaitre la musculature imposante de ce grand gaillard de près de 2 mètres.

Surfant sur les tendances de l’époque, les compositions se veulent plus discos et la voix suave n’est pas sans rappeler Barry White par moments.

« Teddy Bear » s’affirme et devient un sex-symbol.

La suite entre 1978 et 1982, sera un enchainement de succès, accumulant les disques de platine et naviguant habilement entre ballades Soul romantiques et hits discos énergiques, il devient l’artiste R&B numéro 1 du début des années 1980. C’est à ce moment-là qu’il signe alors ses plus grands succès : Love TKO et Close The Door.



Naturellement son style et l’image qu’il renvoie attire massivement un public féminin de toutes origines ethniques confondues. Des concerts uniquement réservés à un public féminin sont mêmes organisés à l’initiative de son manager, Shep Gordon.

Malheureusement cette irrésistible ascension, vouée à le faire entrer dans la légende au même titre qu’un Marvin Gaye, l’un de ses « concurrents » de l’époque, va s’arrêter brutalement durant la nuit du 18 mars 1982.

Alors qu’il se trouve en voiture avec Tenika Watson, une femme rencontrée le soir même lors d’une virée en boîte de nuit, le véhicule que conduit le chanteur finit par percuter un arbre après que les freins de sa toute nouvelle Rolls-Royce aient cessé de fonctionner.

La légende, cultivée par quelques-uns de ses proches, dit qu’il ne savait pas que Tenika Watson était trans-genre. Il aurait alors été tellement surpris au moment de passer sa main entre ses cuisses, qu’il en aurait perdu le contrôle de son véhicule.

Quoi qu’il en soit, l’accident le laissa tétraplégique.

Privé de l’usage de ses jambes et touché au niveau des cordes vocales, Teddy Pendergrass disparaît de la scène musicale. Reclus dans son immense manoir proche de Philadelphie qui n’est pas sans rappeler Graceland, la propriété d’Elvis, il pense très sérieusement à mettre fin à ses jours. Aidé par une femme et des enfants aimants et par son manager, qui brille par sa fidélité malgré la descente aux enfers de son poulain; Teddy Pendergrass finit par retrouver la motivation et retourne en studio en 1984 malgré le non-renouvellement de son contrat avec Philadelphia International Records.

Le résultat de ces sessions sera l’album Love Language produit par Asylum Records.

Un album doux et émouvant où l’artiste se confie à coeur ouvert sur ses difficultés à reprendre goût à la vie. Sa voix est posée, calme, moins puissante, Teddy Pendergrass devant désormais exercer un mouvement continue de bas en haut avec ses avant-bras s’il souhaite pousser un tant soit peu sur sa voix.


Continuant à enregistrer et sortir six albums entre la moitié des années 1980 et la fin des années 1990, il retrouva même la tête des Charts R&B avec le titre Joy tiré de l’album du même nom en 1988, rien toutefois de comparable avec le succès phénoménal qu’était le sien en pleine période disco.




Stoppé net dans son irrésistible ascension à seulement 32 ans alors que tout laissait à penser qu’il aurait pu devenir « une bête de scène à la Prince couplé à la sensualité de Barry White » comme le pensent ses proches aujourd’hui, nous ne saurons jamais jusqu’où cette trajectoire aurait pu l’emmener. Il laisse toutefois derrière lui une riche discographie Disco, R&B et Soul ainsi qu’une une voix, qui, à elle seule, mérite toute notre écoute.